mercredi 16 janvier 2019

Tirelires



Mes tirelires dans leur habitat naturel 
(au fond, un ancien portefeuille dans lequel je conserve quelques billets d'avance)

   Pour commencer, j'aime bien le mot. Tirer quelques lires, quelques pièces anciennes ou italiennes, voilà ce que cela évoque, un nom léger, tressautant, qui fait sourire. Sans parler du gentil cochon rose qu'on imagine facilement.
    Et puis, c'est un ode aux petits efforts répétés. Une piécette ici, une autre là, vaillamment, inlassablement accumulées, vers un objectif qu'on bâtit petit bout par petit bout. Certains diraient que c'est ridiculement lent. Mais la persévérance, la beauté de construire par minuscules avancées un projet qui grandit… Du concret. 

     J'ai trois petites tirelires, à vrai dire, quatre, depuis trois jours.

     Pourquoi autant ? A chacune son objectif. Séparation des projets. J'y crois beaucoup : plus net, plus simple. De la même façon que j'ai un compte d'épargne uniquement pour déposer les cautions de nos locataires : pas de confusion possible. 

     La première est arrivée début décembre, le 1er, même. J'ai ouvert la petite enveloppe concoctée par une amie, pour notre calendrier de l'Avent à trois personnes, six mains, enfin tout dépend si on écrit de la main gauche… Bref. Sur le message : "Je commence une cagnotte". J'ai souri. Retrouvé un petit encrier que je garde parce qu'il est joli, mais n'utilise pas, faute de savoir à quoi. Glissé dedans une pièce. Ce serait une pièce par jour, au hasard. En lisant ses mots, j'ai eu l'impression que mon amie me faisait un cadeau : elle m'autorisait à m'en offrir un, moi-même. J'ai décidé que ce serait ma cagnotte-à-pashmina : vous savez, le fameux… le bleu cobalt. Si si. Finalement, je suis sûre. A 229e pièce, sachant qu'au bout d'un mois j'atteins dix euros, ce n'est pas pour demain. Pas grave. Pas pressée. Je suis en marche. Je marcherai tout doucement.


     J'avais souri en lisant son message car je connaissais la suite. Jour 6, mon enveloppe à moi : deux petites maisonnettes de papier à décorer, assembler. Deux tirelires. Une pièce chaque jour dans chacune. L'une est pour le plaisir, l'autre pour un grand projet, du genre inaccessible.
      A la fin de chaque mois, je compte le montant de la première. Je trouve quelque chose qui me ferait plaisir, quelque chose de simple, de peu coûteux (forcément…). Fin décembre, j'avais 12,63 euros. J'ai opté pour une bouteille d'eau plate, du genre de celle que Koyangi évoque dans son blog. Pouvais-je vivre sans ? bien sûr que oui. Suis-je contente de l'avoir ? Tout autant. Format pratique, étrangement, je la vide plus vite que l'ancienne, à contenance égale, parce que…eh bien… elle est bien plus rapide à sortir de mon sac.

     Oui. Je sais. C'est navrant.
     Je suis si flemmarde que le moindre obstacle entre la bouteille et moi freinait ma consommation d'eau. 
     C'est ainsi. Soyons pragmatique. Tu as un obstacle ? Tu peux le contourner ? Alors vas-tu vraiment rester planté devant à attendre qu'il s'évapore? 
      Fais le tour, bon sang.

     La deuxième tirelire, celle pour le grand projet, n'a pas vocation à être vidée, dilapidée, éliminée mois après mois. Pourtant, je l'ai vidée fin décembre.
      Mon projet à moi, c'est l'immobilier. Acheter des logements de qualité, les meubler de façon pratique et confortable, les mettre en location et gagner (une partie de) ma vie ainsi. Manifestement, ce n'est pas avec la petite monnaie au fond de mon sac à main que j'y arriverai. Encore que ? Tous les matins, glisser une pièce. A la fin du mois, totaliser. Retenir le chiffre rond (c'était quoi, 7 euros cette fois ?). L'ajouter au virement que je fais chaque mois sur mon PEL. C'est toujours ça. Je construis mon projet à doses homéopathiques. Mais il se consolide aussi dans ma tête, j'y pense, je l'envisage et j'y crois. J'investis dans ma conviction que j'y arriverai.
    Et puis quoi ? Un marathon commence bien par un mètre, puis deux, puis trois. Laissez-moi faire mes trois centimètres tranquille. Ils seront suivis d'autres. 
     J'ai écrit "FIRE" sur le côté pour l'acronyme de cette tendance, plutôt américaine : "Financial Independance, Early Retirement". Indépendance financière, Retraite Précoce; en somme. J'avais envisagé, auparavant, Plan d'Indépendance Financière, mais franchement, PIF, ça le fait moins que FEU… non ? :)

     L'idée de consacrer chaque mois un peu d'argent à son plaisir personnel et à investir m'était venu du livre Les Secrets de l'esprit millionnaire, de T. Harv Eker. Quelques bons principes à en tirer. Cela m'avait semblé le bon sens en action et la conjugaison des petites joies : profiter de la vie un peu tout de suite et savoir bâtir sur le long terme aussi.
     

     La dernière cagnotte est une petite besace de pèlerin, retraitée depuis quelques jours. Depuis des années, elle m'a servi de porte-clef au travail, se trimballant dans les étages, ligotée par des rubans retenant mes clefs, tassée dans la poche arrière de mon jean pendant les pauses. Désormais, elle reçoit un euro par jour… les bons jours. J'y reviendrai. Disons, pour faire simple, que je tente de détricoter une mauvaise habitude en la mettant en balance avec un souhait plus grand. Tout ceci est vague mais promis, plus d'explications bientôt. Car on se laisse dérober du temps d'attention, du temps de vie, et je plaide bien trop coupable. Que cela cesse ! (répéter dix fois avec un chamallow dans la bouche). 

     Quand j'étais petite, j'avais récupéré une boîte à thé en métal, percé une fente Dieu sait comment dans le couvercle, j'y avais glissé la seule pièce que j'avais à l'époque, vingt centimes, attention ! vingt centimes de francs ! (six fois moins qu'aujourd'hui). Faute d'argent à ajouter, j'avais noté sur un petit papier : "Acheter une maison". Et l'avais glissé dedans. Aujourd'hui, je me sens fidèle à la petite fille qui voulait acheter une maison. Je l'ai fait. Et le ferai encore. D'une certaine façon, mes vingt centimes sont toujours là, pleins d'espoir.

samedi 12 janvier 2019

Pire

     La prise de conscience est toujours une étape cruciale.

     Mais pas du tout suffisante. 

     Quand j'étais phobique du sang, des hôpitaux et du domaine médical en général, j'ai creusé la question et pu graduellement détricoter les causes (pas bien enfouies, d'ailleurs, mais passons). Cela ne m'a pas empêchée de me sentir longtemps très mal à l'aise, le mot est faible, dans tout contexte médical, et aujourd'hui encore, si je vois passer une ambulance tous phares allumés, j'ai un rush d'angoisse (pour l'anecdote, l'action étant l'antidote de la peur, j'ai pris l'habitude de murmurer, en moi-même ou à haute voix : "Merci de les aider !" à chaque gyrophare qui passe, aucun moyen de savoir si l'énergie cosmique sollicitée les aide vraiment, mais à défaut d'autre chose ça m'apaise, moi, et transforme la paralysie en soutien moral).

     On s'égare, là, non ?

     Je suis la reine de la digression. Les élèves essaient toujours de me faire parler de tout et de rien parce que je suis très endurante dans ce domaine (et que ça leur évite de noter quoi que ce soit).

     Tenez je recommence. Une digression sur les digressions.

     De pire en pire.

     DONC, jeudi, je suis allée faire un complément de courses. Deux articles s'avéraient nécessaires : des couches pour mon petit et du tofu pour mes soupes miso au travail. Mais mon homme me dit au passage : "Tiens, tu prendras du chocolat aussi ? Et de la viande peut-être ?". Zut. J'avais une autorisation verbale à exagérer. Il faut dire qu'on va acheter les couches et le chocolat chez Lidl, qui n'est pas un modèle d'entreprise confortable pour ses employés mais fournit cependant des produits parfois très bons pour pas cher. Contradictions, encore. 
     J'ai donc pris deux paquets de couches, un stock de tablettes de chocolat, des filets de poisson pané, des paupiettes en grande quantité et promotion, des sushis qui m'ont fait culpabiliser (j'aime tellement ça et on n'en avait tellement pas besoin) jusqu'à ce que mon homme saute de joie en les voyant à table (merci chéri), qu'est-ce que j'oublie ? ah, des noix de cajou. A la Biocoop d'à côté (oui, juste à côté… aussi contradictoire que je le suis), du tofu et des lentilles-en-vrac-bio-locales (pour une fois que j'achète un truc officiellement bon pour l'homme et la planète, je le souligne).
     Plus, hier, une galette pour le grand fiston qui devait aller voir des collègues de l'été, et puis une pour nous du coup parce que quand même, et du pain.

      Mon objectif de 80 euros, lundi, m'amène à une semaine à 170 euros à peu près.

     C'est là que je lancerais des rires enregistrés, si on était dans une série télé.
     Seule idée pour remettre tout ça sur des rails : ne pas aller faire de courses lundi et passer la semaine prochaine avec tout ce qu'on a en réserve. Cela semble délicieusement audacieux, pourtant ça ne devrait pas être trop dur, n'exagérons pas. Donc, demain, je ferai les menus exclusivement avec le stock actuel. On aura peut-être à racheter du pain. Voilà.

     J'ai réfléchi à ma névrose du placard vide et une idée m'est venue : pourquoi ne pas me faire, dans un coin de placard peu accessible, un "emergency pantry", un garde-manger d'urgence ? (à force de lire en anglais, les mots me viennent en anglais). Une boîte en plastique hermétique où je laisserais quelques basiques : pâtes, riz, conserves… une douzaine d'articles absolument inévitables, à toujours avoir de côté. But visé : savoir que OUI je peux me détendre et fonctionner en utilisant mon placard normalement, sans m'inquiéter de le voir plus ou moins se vider, car AU PIRE j'ai une sauvegarde sur disque dur… dans boîte hermétique, veux-je dire. Finalement c'est ce que j'ai fait le mois dernier sur mon compte courant.

     Digression ? 

    Pas vraiment. C'est vraiment la même idée. J'ai besoin de sécurité. Enormément. Alors autant y répondre, pour arrêter de se prendre la tête. 

     J'ai généralement sur mon compte courant quelques centaines d'euros, de moins en moins au fil du mois, et entre 100 et 200 en fin de mois. Pas un problème en soi mais si une facture importante tombe, ça devient juste. Sauf que si je garde 800 euros sur mon compte, je me sens riche et ai envie de passer quelques commandes internet parce que, allez, avec tous ces sous, pourquoi pas !
     Je voulais avoir la réserve suffisante, mais la neutraliser pour mon esprit. Avoir TOUJOURS de quoi payer n'importe quel imprévu mais sans appel au crime. Voilà pourquoi je virais toujours tout excédent sur mon livret A, mais je n'aime pas le revirer en cas d'urgence, cela manque de la stabilité recherchée.
        Alors j'ai décidé d'ajouter 1000 euros sur mon compte courant. Je fais tout comme avant PLUS mille euros. Au lieu d'avoir 450 euros en milieu de mois, j'ai 1450. Après test en décembre, ça marche très bien : si nécessaire, j'ai de quoi parer n'importe quelle facture, et spontanément, mon esprit gomme très bien le 1 du début, et j'ai intégré sans problème le fait que les 1000 ne sont qu'un matelas virtuel, pas là pour être dépensés. Cela n'aurait pas marché avec 500 euros, j'en suis sûre. C'est le compte rond qui aide. 
       Alors voilà pour ce mois en cours : trouver une boîte hermétique. Dégager le lieu où je la rangerai. La garnir de quelques nécessités qui dépannent, de quoi faire quatre ou cinq repas. Et ensuite, arrêter de me tracasser parce que je ne saurai plus si j'ai une boîte de tomates pelées d'avance. Puisque je saurai que oui.

     Très imparfaite et en progrès. Qu'est-ce qu'on va s'amuser, cette année !

mercredi 9 janvier 2019

Raté

     Lundi soir, me voilà partie, liste en poche, pour l'approvisionnement de courses hebdomadaire. Objectif : 80 euros maximum.
         Bon. Soyons honnête. J'étais moyennement confiante. Parce que 

1) je suis un peu névrosée de la bouffe. Non que j'aie souffert dans mon enfance, mais j'ai quand même souvenir de menus TRES monotones, de peu de réjouissances et d'avoir le choix entre pareil et… toujours pareil. Quand j'étais petite, on coupait les bananes en deux, ce devait être un luxe excessif d'en manger une entière. Je n'interrogeais pas ces comportements puisque notre environnement nous est naturel. Mais j'ai souvenir d'avoir noté, dans mon journal, à dix ou onze ans, que mon père avait acheté des yaourts au citrons, youhou, c'est dire si c'était fête !

2) j'avais une liste un peu longue, quand même, et des oublis qu'il a fallu combler dans les rayons parce que d'accord, les économies sont importantes, mais si je n'ai pas deux paquets de café dans le placard, je ne réponds plus de mes nerfs (et il en est de même pour le beurre et un nombre un peu trop conséquent d'articles).

     Bonne nouvelle : j'ai omis deux achats prévus. Un petit panier pour compléter une série de 2, normalement 2,50 e, mais plus disponible. Tant pis. Un filtre à café permanent vu que le nôtre a un petit trou. 3,50e, disponible, mais je me suis dit que l'actuel pouvait finir de rendre l'âme tranquille.

      Verdict ?
      Vous avez vu le titre.
      Raté. Mais alors, raté. 


Voilà l'estimation avant passage en caisse. (Moins 1 euro, parce que j'ai appuyé par erreur sur le bouton en prenant mon compteur en main pour la photo…mais au point où on en est !).
     J'utilise ce petit compteur, glissé dans la poche, au fil des courses pour consigner une estimation grossière de ce que j'achète. Je pourrais utiliser les douchettes pour le scan achat, après tout, sauf que chercher le code-barre sur le produit me gonfle, que je n'aime pas l'objet (et surtout pas le côté "automatisons le travail pour pouvoir licencier une hôtesse de caisse à terme), et même si je passais ensuite à une caisse ordinaire, c'est trop gros, trop lourd et trop précis.
     Eh oui. J'aime bien mon estimation à la louche. J'entre le montant arrondi des articles qui finissent dans le caddie. Toujours un peu à la hausse comme ça j'ai plutôt une bonne surprise qu'une mauvaise au compteur. 
     Lundi, j'en ai eu en fait pour 99,60 euros.

Un bon coffre, quoi.
Alors ? Pourquoi ça ne me va pas ?
Nous sommes 5 à la maison, dont 3 enfants, mais qui commencent à manger plutôt pas mal. Ajoutons la présence de mon beau-fils dès ce soir (il a fini ses partiels) pour certains jours (finalement il a quand même un partiel samedi). 

     J'ai fait une liste rapide et des menus grossièrement. Sans menus, c'est toujours pire. Mais je sais que je n'ai pas procédé de façon optimale. Note à moi-même pour la prochaine fois : 

- fais les menus à un moment de calme et pas la veille dans l'urgence

- commence par faire le tour exact du frigo, des placards, du congélateur

- liste tout ce qui est entamé et qui doit être casé dans les menus, et fais en fonction (ça c'est l'ultime réussite, mais je n'arrive jamais à m'y astreindre, trop de contraintes, à force).

     Un peu de résistance passive aussi, parce que crotte, c'est toujours moi qui m'y colle, et j'ai HORREUR DE PLANIFIER, ou plus exactement, des préparatifs. Mais je n'aime pas non plus l'imprévu (ou comment on est mal barré).

     Donc, 100e pour 5/6. Plus des couches à acheter ce week-end et quelques compléments, plus du pain. On en sera à quoi, 130 ? ce qui fait quand même beaucoup. De mon point de vue.

           Entrons dans le dur :
Dans la liste, des indispensables, tout de même, en majorité. En jaune, ce qui n'était pas indispensable ou pouvait attendre la fois prochaine. Voilà quelque chose pour lequel je suis nulle : attendre. Toujours peur d'oublier, de manquer… on dirait que j'ai vécu la guerre. Pourtant quelle chance que ce ne soit pas le cas.

- des pâtes. 66 centimes… mais on a déjà trois kilos à la maison (oui mais pas la même forme, et que des pâtes longues, alors que…)

- de la salade. Il nous en restait, cet euro 89 pouvait attendre, surtout pour des salades sous emballage venant d'Espagne (oui mais elles sont prêtes à consommer, se gardent mieux, et j'ai toujours espoir qu'on se mette à manger davantage de légumes, et j'ai horreur de laver la salade)

- un pamplemousse et un kaki, pour un euro en tout à peu près (mon fils voulait goûter un pamplemousse, il a huit ans, le pauvre, il n'a jamais testé ! c'est vrai qu'on n'est pas fan, ici, mais il faut vivre dangereusement… et le kaki, c'est à cause d'un livre sur le Japon que j'ai fini dimanche où il y avait un passage trop beau sur les kakis dorés comme des boules de Noël et… et puis ça a quel goût déjà ? au moins on saura)

- une galette des rois, objet de convoitise et de culpabilité, même si au fond c'est assez puéril, toutes ces questions pour si peu (presque 6e, était-ce nécessaire ? oui mais j'adoooore la galette, et puis j'en ai fait une ce week-end mais elles ne sont jamais aussi feuilletées, et puis pour une fois…).

Bref. Contradiction sur pattes ? me voilà. Du bio, du premier prix, du marques distributeur, de tout (sauf des grandes marques qui font de la pub, ça, rarissime). Des "essentiels" dont j'ai préféré me passer (2e les 3 rouleaux d'essuie-tout ? sans blague ! ça attendra, on vient d'entamer le dernier rouleau et il va nous durer six mois comme toujours), des superflus que j'ai préféré prendre (des biscuits à la cuiller parce que je veux faire un vrai tiramisu, pour une fois), des trucs en vrac et des (sur)emballés. 

      Verdict : oh et puis crotte. Je ferai mieux la prochaine fois. Considérons l'objectif de 80e comme l'équivalent de 160 pour deux semaines. On verra à la fin de la semaine combien il restera sur cette somme pour compléter lundi prochain… ou pas…

     Vous vous posez autant de questions en faisant vos courses, vous ? Je comprends qu'on ait des produits préférés. Je prends toujours le même café bio-équitable marque magasin, le même. Au moins un produit pour lequel je n'ai pas à réfléchir ! c'est épuisant de penser !


vendredi 4 janvier 2019

Cahier


     J'aime mes petits cahiers. J'en ai plusieurs en cours : un journal, depuis…depuis toujours ? presque : depuis mes neuf ans et demi, en fait. Un cahier de comptes, pour suivre mes dépenses et autres considérations financières. Depuis trois ou quatre ans, un bullet journal, que je n'appelle pas ainsi ni "bujo" mais juste cahier, parce que le mot ne me plaît pas (tout comme j'ai toujours appelé "turbulette" ce que d'autres nomment "gigoteuse", juste parce que je n'aime pas le mot, alors pourquoi faudrait-il l'utiliser alors que tant d'autres font l'affaire ?). Un petit cahier pour noter quelques anecdotes sur les enfants, et qu'ils puissent les (re)découvrir quand ils seront plus grands. Un autre pour quelques notes sur les cours de danse, histoire de ne pas faire à chaque fois la même erreur sans progression. 

     Sans calcul particulier, mon cahier à organiser, "bujo", donc, s'est terminé à point fin décembre. J'avais prévu de commencer l'année avec un nouveau. La fraîcheur du départ tout neuf. Toutes ces pages en réserve qui se garniront au fil des idées, projets, lectures… J'ai choisi ce modèle, parce qu'il me plaisait tout simplement. Pas besoin de certaines pages : la page "Key" pour noter ses symboles, même la numérotation en bas de page, ne me servent à rien. J'aime faire à ma façon. Au fur et à mesure. Il faut que ce soit intuitif. Si j'ai besoin de retrouver une section vite fait, je n'irai pas consulter un index : je marque la page au masking tape. Mille fois plus rapide et efficace. 

     Après avoir vu cette vidéo inspirante, j'ai eu envie d'un peu plus de décor que d'habitude - sachant que c'est absolument rudimentaire en général car je veux un cahier agréable mais avant tout, efficace et rapide à compléter. Les fioritures, pas pour moi ! Elles sont belles à regarder mais trop longues à faire, et il y a trop de livres à lire sur cette planète à la place…
     Les décos surchargées ne me parlaient pas mais j'ai été fascinée par la page d'accueil et ai tenté la même idée, à savoir laisser en creux les chiffres pour dessiner autour. Ah, petit problème : je ne sais pas dessiner. Et alors ? Fais simple ! Tu sais faire des ronds ? Bon, en fait non, pas de vrais beaux ronds. Tu sais faire des sortes de ronds ? ça ira très bien  !

     Alors j'ai pris ce cahier, me suis installée devant une émission écoutée d'une oreille à la télé, et j'ai tracé mes chiffres au crayon. Puis fait des ronds. De toutes sortes. Et j'ai obtenu le résultat attendu, à savoir quelque chose d'imparfait (forcément) mais dont l'imperfection me plaise. Si tu n'as pas le talent, sois tenace, et tu otiendras un résultat !

     Belle année 2019 à vous tous, et elle sera bonne, à n'en pas douter, puisqu'au moment où j'écris ces mots au fond du lit, le soleil levant me dévisage avec insistance...

dimanche 30 décembre 2018

Eau

     Une des résolutions les plus communes pour la nouvelle année, et un peu tout le temps d'ailleurs, est de boire plus d'eau. Amusant, non ? Je m'inclus totalement dans le lot. Sans en faire une obsession, force est de constater que spontanément je bois peu, très peu (sauf des boissons chaudes, mais le café, à force, ça dessèche un peu…). 

     Alors pourquoi ne pas suivre sa nature spontanée ? 

     Que se cache-t-il derrière cette résolution, c'est-à-dire cette envie moralement conforme et apparemment pas suivie, donc une envie de faire bien plutôt qu'une envie de faire ? 

      C'est comme si on admettait fauter. Qui s'est déjà trouvé déshydraté faute de boire ? Franchement ? Cela n'arrive quasiment jamais. Pourquoi faudrait-il se forcer à faire quelque chose dont on ne ressent pas le besoin ?

     Une amie me disait : "Il faudrait vraiment que je boive plus". Elle en ressent la nécessité, du moins, ce doit être de cette sorte de chose dont on se dit : si ça se trouve, ça me ferait du bien, ça ferait la différence. Je lui ai donné le truc entendu dans une vidéo de Lucien Roy, qui m'a bien fait rire puisqu'il a testé plusieurs applications pour évaluer la consommation quotidienne d'eau et en a déduit que le plus simple, c'est de boire un verre d'eau à chaque fois qu'on va aux toilettes. Simple, efficace. Bon petit. Le bon sens, ça me parle. Je vois parfois passer des pages de bullet journal avec des cases à cocher pour le nombre de verres bus, chaque jour, et ça me laisse rêveuse. Si vous faites cela, alleluia, loin de mes pensées toute critique. Bravo, même. Mais si je suis trop flemmarde pour boire un verre d'eau (parce qu'on en est là), vous imaginez que je suis encore plus flemmarde pour cocher TOUS LES JOURS des petites gouttes et COMPTER combien j'ai bu. NO WAY. Faire simple, voilà ce qui me va.

     Je suspecte une valeur morale dans tout ça. Comme un reliquat du baptême, comme une tentative de se laver de ses péchés, de lessiver nos excès (…voilà qui est bien naïf, au passage, si ma tranche de foie gras d'hier était soluble dans mon verre d'aujourd'hui, c'est que mon métabolisme serait étrange). Je trouve ça joli aussi, quand même. Cette envie de bien faire. 

     Alors, au final, pourquoi me rendre coupable de la même tentation et ferai-je partie des innombrables à dire que je veux boire plus d'eau / faire plus de sport, pour abandonner deux jours après ?

     Disons que parfois, mon excès de café ne me semble pas sain - pas sur le plan théorique, mais physiquement. Je sens bien que rincer tout ça ne serait pas du luxe. Autre point : j'ai la peau très sèche, maladivement, de l'ordre de l'ichtyose, et boire peu n'aide probablement pas ; en tout cas essayer un temps, pour voir si ça fait une différence, pourrait aider.

      Donc, oui. Je vais essayer. Me fixer l'objectif d'une période d'essai scientifique. Et surtout m'autoriser à laisser tomber si je constate que ça ne sert à rien.

       En attendant, mon petit garçon de deux ans se réveille parfois la nuit, et j'ai pris l'habitude de lui faire boire un peu d'eau. Maintenant, il réclame "Boir' l'eau", boit une gorgée et se rendort tranquillement. J'aime l'eau comme médicament. Si c'est le seul somnifère dont il a besoin dans sa vie, il n'en sera jamais à court. Et c'est déjà notre placebo numéro 1 (placeleau?) : tu as mal à la tête ? Bois un peau d'eau. Tu t'es cogné ? on va frotter avec un peu d'eau froide. Cela marche souvent car 1) ça ne peut jamais faire de mal 2) ça rafraîchit un peu 3) un peu d'attention est souvent le premier remède nécessaire.

         

mercredi 26 décembre 2018

Bas-de-laine

     A l'ouverture des cadeaux hier, mes beaux-fils (19 et 22 ans) se sont marrés. Je leur avais concocté, dans une caissette en bois, un semainier de chaussettes : six paires de Nike noires pour l'un, six paires de Puma pour l'autre, noires aussi. Je précise que 

- cela peut sembler un cadeau pourri (effet voulu) mais c'est un running gag dans la maison : l'un des deux finit toujours par crier "Eh ! t'aurais pas vu mes chaussettes ? pourquoi j'en ai plus ?" en explorant l'égouttoir à linge.

- ils sont en STAPS et font du sport tout le temps, d'où la tendance marque de sport (et, espoir, chaussettes qui tiennent un peu plus longtemps le coup?)

- la couleur noire est apparue comme une valeur sûre à leur adolescence. Ils portaient des chaussettes blanches qui restaient toujours grises, effet crade inclus. Depuis le noir, ils ont des chaussettes impeccables… et j'ai fait pareil. Parce que j'ai des paires de chaussures qui tachent les chaussettes, et c'est lassant, à force.

  Il y avait en plus deux paires fantaisies pour le dimanche, et une encoche, marquée "Bas-de-laine", contenant une mini chaussette de leur petit frère et un billet.

     Et là, surprise : aucun des deux ne savait ce que signifiait "bas-de-laine". Pourtant ils ne sont pas incultes ! J'en conclus donc que l'expression a disparu avant leur génération (et comme aucun des deux ne lit, vilains garnements, ils ne risquent pas tellement de la recroiser). Noël leur aura au moins appris un mot.

     Contraste marquant avec mon père. Il a toujours des histoires à raconter, et je connais finalement assez mal sa vie, ou plutôt, oui dans les grandes lignes, mais pas les petits détails qui donnent de l'intérêt. Pour Noël je lui ai donc offert ça :




     Ce n'est pas un cadeau adapté à tout le monde. Il faut aimer se souvenir du passé, aimer le raconter, trouver que ça ait de l'importance et être assez à l'aise à l'écrit. Mon père coche toutes les cases : même s'il a arrêté le collège en 6e parce qu'un prof le tabassait (il a 80 ans et sa génération n'a pas eu nos conditions d'enseignement), il aime assez écrire, bien que l'ayant peu fait. Bref: voilà une piste pour récolter les anecdotes qui lui viennent, et dans lesquelles je mélange trop les membres de la famille, on s'y perd.

     Et il m'a parlé, pour la millième fois, de la succession, parce que "quand je casserai ma pipe, tu comprends…". Il a fait une donation partage de sa maison entre mes fils et moi, il y a quelques années. Mais le petit dernier n'était pas né, et il devait penser que nous aurions deux enfants, point final. Depuis que mon petit poussin à bouclettes blondes est là, la donne change. Il veut trouver comment lui transmettre un héritage à lui aussi. Il a des comptes ouverts par-ci, par là, je suis toujours surprise de ce qu'il m'annonce. Remettons en contexte : il a été ouvrier agricole une partie de sa vie, chez ses parents, contre sûrement très maigre salaire, et non déclaré par son père. De guerre lasse il est parti à la ville, comme ouvrier en usine, et a dû travailler 17 ans avant une préretraite. Un salaire minimal donc, sur lequel nous avons vécu à quatre toutes ces années. Dans mon quotidien, dans mes fringues, dans mon mode de vie, tout nous a dit que nous étions pauvres, quand j'étais petite. Je me sentais vraiment à part. Sauf que mes parents n'étaient pas inquiets de payer les factures ou ne semblaient pas se trouver en marge. Ils trouvaient juste normal de ne jamais rien acheter, d'avoir quatre pulls en tout, de prendre un bain une seule fois par semaine parce que l'eau c'est cher et il ne faut pas gaspiller (oui… l'hygiène du XIXe siècle, j'ai connu), de manger du pain rassis parce que le pain frais on en mangerait trop… Bref.
     La vérité c'est qu'ils ont été élevés comme ça, à l'extrême. On explose le concept de frugalité, là. C'est le jeu de celui qui vit avec le moins. Toute la famille a vécu comme ça au fond de la campagne. Beaucoup le faisaient, ceux qui avaient connu les guerres. Voilà comment mon grand-oncle Arthur, le vieux monsieur sans enfant dont je me souviens un peu, mort quand j'avais huit ou neuf ans, a légué à mon père de l'argent, comme à ses frères et soeurs. Je n'en savais rien. D'après mes déductions, il a dû donner l'équivalent de 50 000e en argent, en tout. Or cet homme vivait de rien. De rien. Avec sa femme, le frère de sa femme, sans enfants. Ils ont cuisiné ce qui poussait dans leur jardin. Acheté un vêtement pour dix ans d'usage quotidien, peut-être, et encore, je sous-estime. Acheter ne faisait pas partie de leur vie. On faisait du feu dans la pièce principale, c'est tout. Et pas trop, parfois "un feu de femme veuve", parce qu'il ne faut pas gâcher le bois.
     Je ne veux pas vivre comme ça. Il y a trop de peur et d'irrationnel dans ce mode de vie. Mais il y en a tout autant dans le nôtre, et je considère ces particularités comme une curiosité ethnographique qui a beaucoup à m'apprendre. Leur bas-de-laine, il n'était pas question d'y toucher. Pourquoi ? Ils n'avaient pas d'enfant. Personne d'immédiat à qui léguer. Pas de dettes, la bonne blague, jamais emprunté un pain ou un oeuf de leur vie. Alors ? Pourquoi ? Par principe, je pense. Pour l'honneur. Ils auraient sûrement trouvé inconvenant de "manger" leurs économies. 
     Je respecte tout cela et ai l'impression d'être la première génération à vivre la consommation libre et…forcée, incitée. Si mes aïeux débarquaient dans notre vie, ils ne comprendraient pas. Le monde n'est plus le même. Tant pis, tant mieux. C'est ainsi. Mais je voudrais trouver ce qu'ils n'ont jamais eu le loisir ni même le souci de chercher : un juste équilibre. La vraie frugalité, à mon sens : celle où tu savoures le goût de chaque fruit, un à un. J'en suis encore loin, sûrement. Mais je suis héritière de tout un monde et les pièces du puzzle s'assemblent étrangement. 
     Je veux essayer.
     Et bien sûr, à la naissance de chacun de mes enfants, je leur ai immédiatement ouvert un compte d'épargne. Le bas-de-laine, encore.

mercredi 19 décembre 2018

Lutrin

     Vendredi dernier, au travail, j'ai bricolé un lutrin avec deux couvercles de boîtes à papier blanc. On a des cartons régulièrement, près des photocopieuses, qui sont une source fiable de DIY plus ou moins inspiré. 
     Et justement, l'autre jour, j'ai constaté que malgré mes efforts d'organisation au travail (un petit tiroir par classe, un bullet journal, une mini trousse à côté de la grosse trousse à matériel…) mon bureau était vite bordélique en présence des élèves. On pose les choses au plus vite, et je trouve ça désagréable, visuellement, trop brouillon. 
     Me voilà donc décidée à me fabriquer une simple bannette… et puis finalement, non, un lutrin. Le principe du lutrin (…qui n'est pas un petit être de Noël) est de permettre de poser un livre ouvert, en position inclinée. Mon idée était de rassembler en un seul spot mon bullet journal, ma trousse, mes clés, mon chronomètre (qui me sert tout le temps, enfin on en parlera une autre fois peut-être).
     Niveau décor il fallait masquer les imprimés moches de la boîte mais rester assez sobre, d'autant que je ne peux imprimer qu'en noir et blanc au travail, de toute façon.

Ce qui donne : 
  La chose, vide et de profil

La chose avec cahier et trousse qui traîne

(Je n'ai pas fait signer de droit à l'image à la chaise, mais normalement ses parents ne porteront pas plainte).

     Ce n'est qu'un détail, mais les objets concentrés en un seul endroit font tout de suite moins bordéliques.

      Ce matin après mon cours, j'avais prévu de rester travailler un peu, et cela s'est mué en glande absolue. Je suis restée absorbée par une vidéo qui illustre tout ce qu'on peut faire d'incroyable avec un stylo noir et pas mal de talent, et qui est  à mille lieues de ce que je me sens apte à faire. Je n'en demande même pas tant, un cahier beau comme une oeuvre d'art prendrait trop de temps pour ce que j'en ferais, malgré tout c'est toujours parlant et inspirant, pour le plaisir des yeux… J'adore la présentation en creux de l'année "2019", et ça, j'essaierai (avec un truc plus basique, du genre géométrique, parce que je dessine si mal que tout élève se trouve décomplexé face à moi).