samedi 16 septembre 2017

Souffle

     Hier, mon petit garçon a eu dix mois. Dix mois depuis qu'il a poussé son premier souffle, et voilà qu'il n'en avait plus guère. Trois éternuements la veille au matin : oh oh… le rhume arrive, me suis-je dit. Mais il était en pleine forme. Je travaillais toute la journée. Le soir, en rentrant, j'ai retrouvé un bébé fontaine, un nez qui coulait sur son visage, coulure qu'il étalait avec ses mains en voulant chasser la gêne.
     Heureusement, hier, j'étais à la maison. Nous l'avons gardé avec nous. J'ai appelé le pédiatre sans pouvoir joindre la secrétaire. Une fois, deux fois. Dix fois. A treize, j'ai laissé tombé, saisi mon bébé et suis partie directement au cabinet. Standard en panne, voilà pourquoi. Pour une fois, UNE FOIS que ce petit garçon est malade, il faut que ça tombe un jour de panne. Peu importe au fond : on a eu un rendez-vous, il a vu un médecin. Le même enchaînement de faits décalé d'une journée nous menait à gérer la maladie en plein week-end, sans pédiatre disponible et attendre des heures aux urgences avec trois enfants aurait été bien pire.
     Je voyais bien que le rhume descendait dans la trachée. C'était pire en fait. J'ai écouté les termes avec incrédulité. Broncho-pneumonie. Détresse respiratoire. Chez mon bébé ? le même qui allait bien trente heures plus tôt ? dont le visage était si calme que le médecin a pensé, au départ, que je venais pour rien ? 
    Nous sommes le lendemain. Il a retrouvé un peu de souffle, sa gaieté naturelle. Le pic est passé. La ventoline a dû aider. 
     Mon bébé a une pneumonie. C'est incroyable. Comme j'ai de la chance de vivre ça à une époque et un endroit où on a des solutions. Des molécules pour juguler l'infection, d'autres pour dilater les bronches. De quoi faire baisser la fièvre. Quelque chose à faire, quand on le retrouve brûlant, le souffle court, à une heure du matin. Quelque chose pour l'aider.
    Quelle chance de pouvoir se sentir un peu ridicule quand l'angoisse submerge : c'est bon, calme-toi, on va le soigner, et au pire il existe des hôpitaux, mais non il ne mourra pas de broncho-pneumonie, mais oui il va guérir.
     Je compatis avec toutes ces mères à travers le monde, à travers le temps qui observent la petite cage thoracique de leur enfant se creuser, sentent le petit corps brûlant contre le leur et ne peuvent guère plus que prier, surveiller d'un oeil craintif et guetter le signe d'un mieux-être. D'un être à nouveau. Le reculement du non-être.
     La première sécurité est là. Avoir la chance de maintenir ses enfants en vie.

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