On peut tout glisser dans cette phrase.
En cette instant / ces quelques jours / ces mois / cette décennie ?
J'écris sur ce clavier / des listes de courses / des documents de travail / des poèmes / des romans ?
Alors, reprenons.
On peut tout glisser dans cette phrase.
En cette instant / ces quelques jours / ces mois / cette décennie ?
J'écris sur ce clavier / des listes de courses / des documents de travail / des poèmes / des romans ?
Alors, reprenons.
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Non, ceci n'est pas un albizia. Patience, vous saurez tout (oui c'est mal de vous inciter à la patience, qualité dont je suis fort peu pourvue). |
Autant vous dire que j'échoue à chaque fois.
J'ai dû le repérer dans une jardinerie à l'automne 2020. Un feuillage sombre, Summer chocolate, qui me plaisait encore plus avec le nom. Presque quarante euros pour une tige qui m'arrivait au genou, c'était abusif. Je ne l'ai pas pris.
Et puis, la semaine suivante, ou le mois suivant, j'ai foncé le chercher en priant pour que personne n'ait annexé MON albizia.
Personne n'avait.
Je l'ai embarqué, ne le trouvant plus si cher puisque je le voulais vraiment. On l'a planté face aux fenêtres : s'il poussait bien, autant profiter de sa vue, c'est un arbre si gracieux.
Bon. On ne va pas se mentir, en deux ans, s'il a pris quelques centimètres, c'est bien tout. Il est planté non loin d'un magnolia qui a à peine épaissi en une décennie, conclusion : le sol n'est pas terrible. Tant pis. On fait avec ses forces et ses faiblesses.
Il y a un an, à son premier printemps, je me suis même résignée au pire : décidément ce n'était qu'un bout de bâton desséché, quel dommage, trop fragile peut-être ? Tout le jardin explosait de bourgeons et il ressemblait à un sarment oublié.
Et puis, tardivement, le miracle s'est produit : un point de vert ! un petit renflement, là, et là ! Le mois de mai était déjà bien avancé quand ses branches se sont déployées.
Enfin, branches - tiges, dirons-nous. On reste sur du petit format.
J'ai admiré ses feuillages qui poussent vert tendre et se colorent de pourpre au soleil, jusqu'à obtenir leur couleur définitive.
Cette année, comme toujours, j'ai guetté les bourgeons sur mon tilleul. Sachez-le, quand le tilleul est en feuilles, on peut déclarer la saison de printemps ouverte.
Mais toujours rien du côté de l'albizia. Un vrai bout de bois. Est-ce que le gel... mais il a fait à peine froid cet hiver... et puis...
Et puis je me suis souvenue m'être fait la même remarque l'année d'avant. Un arbre tardif, voilà tout. Des bienfaits de l'expérience...
Les jours suivants, en y regardant de plus près, il me semblait bien voir de minuscules excroissances aux extrémités.
Allez, patiente, me suis-je dit. Un albizia, ça se mérite.
Vendredi, une amie est venue à la maison. Nous avons bavardé, fait le tour du jardin tandis que les enfants (cinq garçons, entre quatre et onze ans) chahutaient dans tous les coins. Nous profitions du soleil, regardions les feuilles.
Quand tout à coup : le drame.
Décapité. Mon albizia avait perdu sa tige principale. LA tige. Celle qui promettait sa forme en ombrelle.
Sauvagement tranchée. Par ses enfants ou par les miens, on s'en fiche, par un objet lancé au hasard certainement, ou une bousculade, ou... cela n'y changeait rien.
Souffrance. Tristesse. Et dans les trois secondes qui ont suivi, résignation. Après tout on verrait bien. Il restait les autres tiges. Et mon amie a dit :
- En tout cas, il est bien vivant, regarde, c'est du bois vert !
Elle avait raison. La tige coupée est d'un blanc-vert tendre. Donc, en gestation. Donc, patience. Il ne sortira pas de feuilles à cet endroit-là cette année. Sur les tiges annexes, sûrement. L'an prochain, peut-être. J'attendrai encore plus longtemps. Ou bien il n'y poussera plus rien et l'arbre sera le seul modèle décapité du secteur. Tant pis. Il végète ? Ben ça tombe bien, c'est un végétal.
Peut-être que la vitesse de croisière de l'être humain devrait se rapprocher de celle des végétaux. Une saison après l'autre. Lentement. Laisser monter la sève. Laisser le soleil baigner les feuilles. Ra-len-tir. Ne s'agiter que sous le vent. Se laisser porter.
Et surtout, surtout, ne pas renoncer trop vite. Il me semble avoir lu qu'une plante peut se reconstituer même s'il n'en reste plus que dix pour cent (source : inconnue, oubliée et à vérifier). Ne les enterrons pas trop vite. Observons le miracle du temps, des saisons.
Alors ce matin, dans le jardin, j'ai pris la photo ci-dessus. Les branches de pommier ressemblent à s'y méprendre à du bois mort. C'est gris, sec, couvert de lichen. Et pourtant, elles fleurissent. Pas beaucoup, pas partout, mais quand même.
Peut-être que la mort, si on attend assez longtemps, ça devient la vie.
A défaut d'autre chose, je surveille mon albizia. Il doit en avoir la sève toute réchauffée.
Stay alive, comme le chante Mustafa, c'est déjà pas si mal.
Et ça suffira pour aujourd'hui.
De bons jours, et de moins bons. Rentrée demain. Toujours mieux qu' il y a un an sur fond d'assassinat de Samuel Paty et de crise sanitaire aiguë. Est-ce que cela me console de me dire que c'était pire il y a un an ? Pas sûr. Mais on a survécu, et on survivra encore, car il y a trop à perdre à ne pas survivre.
Un de mes souhaits pour novembre, un engagement (en plus de celui de cuisiner un peu chaque jour et d'étirer mon corps) : tisser. Ce tapis en tresses de t-shirt recyclé ou des bracelets brésiliens ou. ..tiens et le tricot ? Ma mère m'avait un peu appris. Je n'ai pas réessayé depuis mes vingt ans. Je n'avais jamais dépassé le stade du rectangle en jersey. À l'époque j'avais mis au point une technique pour lire en tricotant, en coinçant savamment l'ouvrage sous les bras. C'était au début de ma lecture de Proust. Le projet : tricoter une écharpe en lisant Du côté de chez Swann.
J'avais lu toute la recherche et tricoté une couverture.
Est-ce parce que je finis cette relecture que la pulsion m'est revenue ? Un ou deux tutos YouTube et on remonte quelques mailles. On se lance dans la confection d'un plaid, inutile mais consolateur pour les doigts. Besoin de faire quelque chose de ses mains. De voir l'ouvrage avancer. Métaphore de vie qui progresse, de projet, d'espoir.
Ma sidération autrefois en découvrant que texte, textile, même origine, même démarche. C'est construire, faire d'éléments épars un tout qui fait sens.
Ce mois-ci, texte et textile pour traverser.
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| Seule, mais avec du café...et le dessous de plat offert par des amis cet été...et les câlins des enfants... Bon pas si seule en fait. |
Depuis des années, je dors sur le ventre. Depuis des années, bien que je sois de taille moyenne, il m'arrive d'avoir les pieds qui débordent en bas du matelas : ben oui, bien étalée, avec un oreiller en haut, tu finis aux oubliettes. Et je DÉTESTE ça. Je remontais mon oreiller le plus possible. Voilà tout.
En fait il m'aurait fallu un matelas plus long. Je doute que ça existe et quand bien même, changer de matelas pour dix orteils qui débordent ne me parlait pas.
Ne me demandez pas comment l'idée m'est venue (je suis encore trop étonnée qu'elle ne me soit pas venue avant). Et si je décalais le matelas vers le bas ? Après tout on s'en fiche d'avoir l'oreiller entièrement dessus puisque je ne dors que sur le bas de l'oreiller. Et combler le trou comment, et ce serait moche. ..
Mais non.
Un traversin ! Je pouvais en caler un entre la tête de lit et le matelas ! Et trouver une taie et un drap housse assortis. Ce serait à peine visible.
Pour me confirmer que j'étais sur la bonne voie, le destin a voulu que ce jour-là le rayon literie soit en promotions (???).
Et voilà. Le luxe : s'étaler de tout son long et garder les orteils au chaud.
Alors pourquoi ces années d'orteils suspendus ? Parce que je ne m'étais pas dit que c'était un désagrément qu'on pouvait résoudre. C'était ma faute, ou la fatalité.
Et si notre premier défaut était de prendre les situations comme immuables et les problèmes comme insolubles ? De nous habituer trop bien à ce qui ne nous va pas ?
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| Notre maison est mitoyenne. L'arbre, le toit : chez le voisin. Le mur crade en premier plan, le petit décroché du toit à droite : chez nous. |
Il est 7h59 et la journée est déjà lourde.
Pourtant l'orage a éclaté cette nuit, ramené pluie et fraîcheur, balayé les tensions électriques d'une grande claque.
Il faut croire qu'une petite claque traînait encore dans le coin.
Au fond, ça a commencé hier. Je pars faire les cours en mode commando-rapidité-efficacité, mon conjoint part en réunion à 17h30 et je dois être rentrée avant, pour les enfants.
Je longe la route et vois, au bord d'un pré, tout près, une croix en bois toute fraîche. De celles qu'on plante pour commémorer un accident. Oh. Le genre de chose qui met toujours un petit coup à la conscience. J'y vois quelques fleurs artificielles, c'est tout, je passe. Me dis que je reviendrai voir, peut-être, qu'a-t-il bien pu se passer ici ? J'habite un tout petit village où les événements les plus frappants tiennent davantage à l'envol des faisans qu'aux accidents de la route. D'ailleurs... les routes y sont désertes. Presque toujours.
Retour des courses, timing respecté, je passe à nouveau près de cette croix et remarque une ardoise et une inscription. Pas eu le temps de lire. Je reviendrai voir demain.
Demain c'est aujourd'hui. J'irai voir, mais contre toute attente, je sais déjà ce que j'y lirai.
Dimanche, nous sommes allés visiter un parc, un grand jardin. Les enfants ont adoré se balader sous les arbres et marcher nu-pied sur la pelouse plus lisse que le tapis de notre salon. Retour vers 18h? sais plus l'horaire exact. Surprise en arrivant devant notre allée : une moto !? que faisait-elle là ?
En fait, c'était le voisin. Mes pensées dans l'ordre :
- Tiens, je n'aurais jamais cru qu'il faisait de la moto
- C'est dangereux ces trucs-là (pensée qui me traverse à peu près à chaque fois que j'aperçois une moto)
- S'il démarre maintenant mon fils va hurler (le petit ne supporte pas les bruits violents et va se cacher quand on démarre la tondeuse).
On lui a fait un petit signe, ou un hochement de tête, lui de même, enfin je ne sais plus mais un petit signe de reconnaissance entre voisins.
Puis nous avons ouvert notre portail et sommes rentrés.
Ce matin, mon conjoint, qui a fait son premier repas au restau hier soir depuis des mois, me donne deux infos :
- Le double hamburger frites lui pèse encore sur l'estomac (eh oui... on a perdu l'habitude)
- il a reçu sur Signal un avis d'obsèques, une info locale donc, mais ne voit pas qui c'est, ce nom lui dit vaguement quelque chose mais...
Et en me montrant l'écran, il comprend, je comprends.
Le voisin à moto.
Décédé... attends... un message le lundi : M.R... est décédé.
Le puzzle est en construction. Attends, mais il allait très bien le voisin, un retraité fringant, il ne peut pas être mort de maladie en quelques minutes, ou alors une crise cardiaque ?
"Mais c'est pas possible, il allait bien, tu te souviens, on l'a vu l'autre soir partir en moto ?"
Mais alors...cette croix... peut-être ? Donc un accident ?
"Attends, le message dit en fait : M.R... est décédé hier. Donc c'était dimanche justement!"
Dimanche.
Je tape le nom de notre village sur le net et le mot "accident".
L'article du journal local surgit. Motard, 70 ans. L'horaire. Sortie de route inexpliquée dans un village, seul (quand je vous dis qu'il n'y a personne sur nos routes). Très gravement blessé, pompiers, hélicoptère. Décès à l'hôpital.
Quand nous l'avons aperçu, quand nous lui avons fait ce petit signe, de la tête ou de la main, il vivait donc ses dernières minutes conscientes. C'est peut-être le dernier signe humain qu'il ait perçu.
Comme c'est brutal.
Nous le connaissions très peu (et on n'arrivait jamais à se souvenir de son nom, pas sûr qu'il connaissait le nôtre non plus). Il avait acheté la maison il y a quelques mois pour la retaper, n'y vivait pas, nous avons juste échangé quelques mots anodins. Un brave petit monsieur (bien que moustachu).
Et puis voilà, plus rien.
Memento mori.
Memento mori.